Saturday, October 22, 2011

Changeons le système ! pas le climat ! Socialisme ou Barbarie !

S’il ne s’agissait que d’une séance de photo des chefs d’État des vingt plus grands pays capitalistes du monde, assortie d’une facture obscène de plus de un milliard de dollars pour la sécurité, ça serait déjà gros. Mais le sommet du G20 à Toronto, les 26 et 27 juin 2010, fait partie d’une campagne continue des bien nantis qui gouvernent la planète pour anéantir un siècle d’efforts déployés en faveur des droits et des avantages de la classe ouvrière, et cela en continuant de saccager l’environnement.

Protestons contre la violation de la démocratie par la bureaucratie du NPD de l'Ontario

Jeudi le 1er septembre, Barry Weisleder, président du Caucus Socialiste du NPD, a remporté l'investiture pour être le candidat du NPD dans la circonscription de Thornhill, au nord de Toronto. Deux jours plus tard, Darlene Lawson, la secrétaire du NPD provincial de l'Ontario, a «annulé» l’investiture démocratique, qui s'est produite lors d’une des réunions les plus fréquentées de cette association de circonscription du NPD depuis des décennies.

Saturday, September 17, 2011

Approfondir la Révolution, renforcer la solidarité

Il y a deux cent ans, plus précisément le 5 juillet, le Venezuela a gagné son indépendance de l'Espagne. La lutte de l'humanité d'aujourd'hui pour la libération de l'exploitation capitaliste et impérialiste continue. Les Vénézuéliens sont au premier plan de ce combat. Au nom de Socialist Action / Ligue pour l'Action Socialiste à travers l'État canadien, c’est un honneur pour moi de vous saluer à ce rassemblement pour la célébration du processus révolutionnaire qui porte le nom du libérateur Simon Bolivar. Dans le même temps, nous saluons le rétablissement du président Hugo Chavez, après l'ablation d'une tumeur cancéreuse par les médecins hautement qualifiés et dévoués de Cuba révolutionnaire, dont les excellents soins pour leur célèbre patient continuent pendant que nous parlons.

Jack Layton, 1950-2011

Déclaration au nom du Caucus Socialiste du Nouveau Parti démocratique :

Jack Layton, chef du Nouveau Parti Démocratique du Canada, a combattu vaillamment, mais a perdu son deuxième combat contre le cancer précoce le 22 août dernier à Toronto. Son décès, à l'âge de 61 ans, est une cause de grande tristesse pour tous les travailleurs et la population en général, un coup terrible pour sa famille, à qui nous envoyons nos plus sincères condoléances, et pour le NPD basé sur les syndicats auquel Jack a consacré sa vie politique.

Saturday, August 6, 2011

Le Québec, les Acadiens et les peuples autochtones : la question nationale dans l`État canadien

par Robbie Mahood

L'oppression nationale et le racisme demeurent des caractéristiques propres aux États capitalistes dans le monde d'aujourd'hui. Dans peu d’entre eux, si ce n’est aucun, la question nationale joue un rôle central comme au Canada. Ceci est plus clairement démontré dans le cas du Québec, où le ressentiment national éclate périodiquement pour tenir une place centrale dans la vie politique. On le voit dans la conscience nationale croissante et les revendications des peuples autochtones au Canada et au Québec. Les communautés de langue française hors-Québec qui ont survécu à l’assimilation anglophone, notamment les Acadiens, peuvent également revendiquer un droit au titre de nation. Et il s'applique, sans doute, à Terre-Neuve, où une société distincte existait depuis trois cents ans avant son incorporation dans l'État canadien en 1949.

Saturday, July 30, 2011

Battons les Conservateurs de Stephen Harper au Parlement de la rue

Bon ou mauvais? Le 2 mai a propulsé le Nouveau Parti démocratique basé sur les syndicats à la deuxième place, soit l'opposition officielle, produisant ainsi des gains historiques. C’est une bonne chose.

Tirons parti des acquis historiques du NPD

Les électeurs au Canada ont fait l'histoire le 2 mai quand ils ont propulsé le Nouveau Parti démocratique basé sur les syndicats vers le statut d'opposition officielle. Le Parti Libéral, l’ancien parti majeur de la domination bourgeoise, a été relégué à une troisième place distante. Son chef, Michael Ignatieff, a perdu son propre siège à Toronto et a démissionné comme chef du parti. Malgré une simple augmention de1,8 pour cent de leur part du vote, les Conservateurs de l’autocrate de droite Stephen Harper ont obtenu une majorité de sièges.

Sunday, July 24, 2011

La base du NPD rejette le tournant à droite

par Barry Weisleder

Ce qui avait commencé comme un hommage bien orchestré au chef Jack Layton et sa machine électorale, s’est transformé en un champ de bataille au sujet des politiques et des principes socialistes.

Au bout du compte, les responsables du Nouveau Parti Démocratique basé sur les syndicats n’ont pas réussi à convaincre la majorité de 1572 délégué-es au congrès fédéral du NPD à Vancouver en Colombie-Britannique du 17 au 19 juin d’approuver un glissement vers la droite.

Le socialisme est une fusée!

Lors du débat majeur à Vancouver sur les «principes socialistes démocratiques», auxquels il est fait référence dans la  Constitution du Nouveau Parti Démocratique fédéral, le député Pat Martin (Winnipeg-Centre) a dénoncé le socialisme comme une «ancre» ralentissant le parti. Il a demandé que le lien soit rompu avec «une grande hache».

La base du NPD rejette le tournant à droite

par Barry Weisleder

Ce qui avait commencé comme un hommage bien orchestré au chef Jack Layton et sa machine électorale, s’est transformé en un champ de bataille au sujet des politiques et des principes socialistes.

Au bout du compte, les responsables du Nouveau Parti Démocratique basé sur les syndicats n’ont pas réussi à convaincre la majorité de 1572 délégué-es au congrès fédéral du NPD à Vancouver en Colombie-Britannique du 17 au 19 juin d’approuver un glissement vers la droite.

LE QUÉBEC ET LA QUESTION NATIONALE DANS L’ÉTAT CANADIEN

Le fédéralisme : le moteur derrière la souveraineté

L’ACAE, l’Alliance canadienne des associations étudiantes, le groupe de pression fédéral étudiant, a été fondée dans un effort de diviser le mouvement étudiant, alors que la Fédération canadienne des étudiants et des étudiantes commençait à montrer son pouvoir réel dans ses mobilisations étudiantes. L’ACAE a initié sa première campagne, intitulée « L’éducation construit une nation », autour de 1994. Elle voyait ça comme un moment crucial pour avoir une « unité nationale ».

ADHÉREZ À LA LIGUE POUR L’ACTION SOCIALISTE

Accord Programmatique

La Ligue pour l’Action Socialiste est basée sur un programme révolutionnaire clair, qui est résumé dans notre Déclaration de principes.
Quiconque est en accord avec la ligne générale du document, et qui est d’accord pour être activement impliqué dans le travail de l’organisation est bienvenu de demander son adhésion. Si acceptée, la première étape est une période provisoire de membership d’une durée de trois mois, qui peut être prolongée,  interrompue ou qui peut mener à un statut de membre à part entière. Un membre provisoire a tous les devoirs des membres et le droit de parler aux réunions, mais a seulement un vote indicatif.

LES SOCIALISTES LUTTENT POUR UN GOUVERNEMENT NPD

Pourquoi le Caucus Socialiste du NPD est nécessaire
Par Barry Weisleder

Depuis 1998, le Caucus Socialiste du Nouveau Parti Démocratique (le parti politique de masse basé sur les syndicats au Canada anglais) fait campagne pour un ordre du jour des travailleurs et travailleuses et pour des solutions socialistes aux problèmes qui confrontent l’humanité. Le CS fait ouvertement campagne pour pousser nettement le NPD vers la gauche. Nos nombreuses publications et campagnes, tout particulièrement celle de Bev Meslo pour la chefferie fédérale du NPD en 2002-2003, ont eu un impact positif.

LES ÉTUDIANTS DU QUÉBEC REMPORTENT LA BATAILLE POUR LE FINANCEMENT

Les étudiants et étudiantes des CÉGEPS et des universités du Québec, après plus d’un mois de lutte intense, incluant des manifestations, des occupations d’édifices et un boycott prolongé des cours, ont accepté une offre du gouvernement provincial.

L’enjeu était la coupure de 103$ millions du programme d’aide financière aux étudiants. Le nouvel accord comporte un réinvestissement de 73$ millions pour la présente année fiscale (2005-2006) et de 103$ millions par année pour les quatre prochaines années. C’est une victoire pour le mouvement étudiant du Québec et un exemple pour les syndicats et les autres mouvements sociaux qu’il est possible à travers l’action directe de masse de résister à et de vaincre certains aspects de l’agenda actuel de la classe dirigeante.

LA LIGUE POUR L’ACTION SOCIALISTE QUATRIÈME INTERNATIONALE

La Ligue pour l’Action Socialiste est une organisation marxiste révolutionnaire en solidarité politique avec la Quatrième Internationale, le mouvement fondé par Léon Trotsky en 1938 pour combattre le capitalisme et le stalinisme et pour l’avènement du socialisme international. Nous sommes pour l’émancipation de la classe ouvrière du joug capitaliste et pour l’instauration d’une authentique démocratie socialiste. Ceci implique une rupture complète avec le modèle stalinien de dictature bureaucratique sanglante représentée par l’URSS et l’Europe de l’Est jusqu’en 1991 ainsi que par la Chine, le Vietnam et la Corée du Nord depuis la fin des années 40. Tout en défendant ces pays, en tant qu’États ouvriers déformés, contre les attaques impérialistes et la restauration du capitalisme, nous appuyons la lutte contre les castes bureaucratiques au pouvoir.

La Ligue pour l’Action Socialiste et son pendant canadien-anglais Socialist Action représentent la continuité du mouvement trotskyste au Québec et au Canada. Les organisations qui nous ont précédé, telles que la Ligue Socialiste Ouvrière, le Groupe Marxiste Révolutionnaire et la Ligue Ouvrière Révolutionnaire, ont été au premier plan des luttes pour l’émancipation des femmes, pour la libération des gais et des lesbiennes, pour l’indépendance du Québec, pour la formation d’une aile gauche et révolutionnaire au sein du NPD et pour la création d’un parti ouvrier indépendant de masse au Québec. La défense des droits des opprimé-es a toujours été fondamentale pour les militants et les militantes trotskystes canadien-nes et québécois-es.

Nous appuyons la lutte pour l’indépendance du Québec, qui est soumis depuis plus de 250 ans à une oppression nationale, économique, politique, culturelle et linguistique. Le droit à l’autodétermination nationale des Québécois, c’est-à-dire le droit de former leur propre État indépendant, est systématiquement nié par le gouvernement fédéral, notamment avec la loi sur la Clarté référendaire. Nous soutenons aussi l’autodétermination des peuples autochtones qui sont durement opprimés et spoliés depuis plus de quatre siècles et qui subissent aujourd’hui les préjugés les plus grossiers colportés par la bourgeoisie et ses médias.

La Ligue pour l’Action Socialiste, tout en défendant l’indépendance du Québec, rejette toute forme d’appui au Parti Québécois et au Bloc Québécois nationalistes bourgeois. Ce sont des partis capitalistes qui défendent l’ordre du jour néolibéral et qui appuient les accords de libre-échange commerciaux qui menacent les acquis de la classe ouvrière. Le PQ et le BQ, malgré leur rhétorique parfois « progressiste », ne sont aucunement une alternative aux politiques de droite des libéraux et des conservateurs. Leur conception de l’indépendance du Québec est entièrement en conformité avec les diktats du marché capitaliste.


Notre groupe frère au Canada anglais, Socialist Action, joue un rôle crucial depuis 1998 au sein du Caucus Socialiste du Nouveau Parti Démocratique, le seul parti de masse en Amérique du Nord qui est basé sur les syndicats. Le Caucus Socialiste lutte pour pousser vigoureusement le NPD vers la gauche, pour l’adoption d’un ordre du jour des travailleurs et des travailleuses, pour une plus grande démocratie à l’intérieur du NPD, pour une véritable reconnaissance du droit à l’autodétermination pour le Québec et les peuples autochtones et pour combattre le virage à droite effectué progressivement par la direction du NPD depuis les années 80. Au Québec, nous sommes impliqués dans la construction d’un parti ouvrier de masse, tout d’abord avec le Parti de la démocratie socialiste, ensuite l’Union des forces progressistes et maintenant à l’intérieur de Québec Solidaire. Nous sommes également actifs dans les syndicats en défendant une approche militante contre l’étouffement des luttes par la bureaucratie.

La Ligue pour l’Action Socialiste est entièrement solidaire de la révolution cubaine, qui représente jusqu’à un certain point un modèle de révolution socialiste malgré l’influence du stalinisme. Cuba mène une lutte héroïque depuis presque 50 ans contre l’impérialisme américain et son blocus monstrueux. Les gains sociaux réalisés grâce à la révolution socialiste cubaine sont considérables, que ce soit au niveau de la santé, de l’éducation, de l’émancipation des femmes et de la lutte contre le racisme. Le taux de mortalité infantile à Cuba est inférieur à celui des Etats-Unis et il y a moins d’analphabètes dans ce pays qu’au Canada. Il y a encore bien des lacunes au niveau de la démocratie ouvrière, mais des progrès ont été réalisés depuis plusieurs années et les idées révolutionnaires de Léon Trotsky circulent librement, grâce notamment à la défunte intellectuelle et militante Célia Hart.

Sur le plan international, nous appuyons de tout cœur la lutte palestinienne contre la machine de guerre israélienne financée et armée par l’impérialisme américain. Nous rejetons le « processus de paix » bidon qui permet à l’État sioniste de développer continuellement ses colonies dans les territoires palestiniens occupés et de perpétrer d’innombrables crimes de guerre sous couvert « d’autodéfense ». La seule solution qui permettra de mettre fin à l’oppression des Palestiniens est la création d’un État binational démocratique, laïc et bien sûr socialiste où pourront coexister en paix les Juifs et les Arabes. Les multiples « plans de paix » soutenus par les puissances impérialistes (les accords d’Oslo, la Feuille de Route, le Pacte de Genève, la Conférence d’Annapolis, etc) ne visent qu’à perpétuer l’asservissement des Palestiniens à l’intérieur de bantoustans de type sud-africain.

Nous soutenons aussi la lutte contre la guerre en Irak et l’occupation de ce pays par les forces impérialistes dirigées par les Etats-Unis. Cette guerre monstrueuse contre le peuple irakien, menée au nom des inexistantes armes de destruction massive de Saddam Hussein, a engendré depuis cinq ans des souffrances sans nombre ainsi que la spoliation des ressources naturelles de l’Irak pour le compte des impérialistes. Nous participons également aux luttes contre l’occupation de l’Afghanistan et d’Haïti par les troupes impérialistes canadiennes et aussi contre l’invasion de la Libye sous l’égide de l’OTAN. Enfin nous sommes solidaires du combat contre la mondialisation capitaliste et ses effets dévastateurs pour la classe ouvrière à l’échelle internationale.

LES ÉLECTIONS CANADIENNES PORTENT AU POUVOIR UN GOUVERNEMENT DU PARTI CONSERVATEUR

Le 23 janvier dernier, les élections fédérales canadiennes ont causé quelques surprises, tout en reflétant les antagonismes nationaux et de classes qui sont à la base de l’État canadien et l’expression politique particulière de ces contradictions depuis les 15 dernières années.

Les Conservateurs ont supplanté presque de justesse les Libéraux à la tête d’un autre gouvernement minoritaire. Les Libéraux ont baissé de 135 à 103 sièges, alors que les conservateurs ont monté de 99 à 124. Le Bloc Québécois a baissé légèrement de 54 à 51 sièges, alors que le Nouveau Parti Démocratique (lié au mouvement ouvrier au Canada anglais) a augmenté sa représentation de 19 à 29 sièges.

Le total des votes populaires a été de 36.5% pour les Conservateurs, 30.5% pour les Libéraux, 17.5% pour le NPD, 8.5% pour le BQ et 4.5% pour le Parti Vert.

L’élection d’un gouvernement conservateur semblerait présager un brusque tournant à droite. Dirigés par l’idéologue néo-conservateur Stephen Harper, les Conservateurs sont un amalgame de l’ancien Parti réformiste et des restants du Parti progressiste-conservateur, un parti modéré de centre-droite qui était au bord de l’extinction politique.
Harper représente l’aile la plus fanatique et dominante dans l’Ouest canadien de ce parti de droite, dont la plateforme a été largement considérée comme étant incompatible avec « les valeurs canadiennes dominantes ». Comment expliquer alors la victoire conservatrice?

Plutôt qu’un endossement pour les Conservateurs, cette élection a été une punition pour les Libéraux. L’infâme scandale des commandites, dans lequel les Libéraux ont détourné des fonds publics vers un groupe de clients du parti pour saper la tentative de faire  l’indépendance du Québec lors du référendum de 1995, a continué de hanter le régime minoritaire libéral de Paul Martin.

Martin, qui a été salué par le monde des affaires en tant que ministre des finances dans le gouvernement Chrétien, fût l’architecte de la dégradation massive des services publics qui a pris place dans les années 90. Les tentatives des Libéraux de se faire passer pour des progressistes sont devenues de plus en plus vaines.

Au début, il semblait que les Libéraux pourraient survivre au désenchantement public largement répandu en remportant une autre victoire minoritaire. Mais une campagne terne dans laquelle il n’y avait pas de sujets susceptibles de créer l’enthousiasme a joué à l’avantage des Conservateurs, qui cherchaient avec un certain succès à camoufler leur agenda de droite. Étant donné que la campagne conservatrice prenait de la vitesse, les médias bourgeois de droite ont commencé à projeter et promouvoir un gouvernement conservateur majoritaire mais ils furent induits en erreur par leurs propres sondages biaisés.

Le Nouveau Parti Démocratique n’a pas réussi à défier le consensus étroit. Le chef du NPD Jack Layton a serré les rangs avec les Libéraux sur le Québec en renversant son opposition antérieure à la Loi sur la Clarté référendaire, qui serait utilisée par n’importe quel gouvernement fédéral pour invalider un vote du Québec pour la souveraineté. Il a essayé d’égaler les Conservateurs avec une rhétorique de loi et d’ordre.

Sur les questions internationales Layton a endossé l’intervention militaire canadienne en Afghanistan et fût silencieux sur le rôle crucial du Canada dans  l’intervention impérialiste en Haïti. Layton a présenté le NPD comme étant le défenseur « des familles ouvrières » et du système public de santé, mais quand il fût mis au défi il a évité les propositions concrètes et refusé d’avancer toute politique créatrice ou audacieuse pour réaliser ses objectifs.

Layton a de plus affaibli la campagne du  NPD en abandonnant toute perspective d’un gouvernement NPD et en proposant seulement de renforcer la représentation du NPD pour servir de contrepoids à n’importe quel parti bourgeois qui sortirait victorieux.

Le président des Travailleurs Unis de l’Automobile, Buzz Hargrove, a fait un pas de plus en poussant les partisans du NPD à voter libéral partout où le NPD n’était pas en mesure de gagner, dans le but de battre les Conservateurs. Selon Hargrove, « la direction fondamentale de la société canadienne était en jeu dans cette élection ». Heureusement, cette fausse affirmation a eu peu d’impact parce que la plupart des partisans du NPD ont voté selon un réflexe élémentaire de classe qui a rejeté les deux partis de la grande entreprise.

L’autre victime des projections gonflées des sondages fût le Bloc Québécois. Quoiqu’il a conservé 51 des 75 sièges du Québec, la part du vote populaire pour le BQ au Québec a chuté de 48 à 42.5%. Les Conservateurs sont passé de 0 à 10 sièges au Québec sur une vague tardive qui leur a donné presque 25% des votes dans cette province. Les Libéraux ont dégringolé à moins de 20% du vote québécois et 13 sièges et furent réduits à leur bastion anglophone dans Montréal.

En dépit d’une campagne vide et en retrait par rapport à ses positions antérieures, le NPD a réalisé une légère avance dans le vote populaire et une augmentation plus significative du nombre de sièges en Ontario et en Colombie-Britannique. C’est un développement positif en ce sens qu’il renforce une rupture de classe avec les partis bourgeois et qu’il accroît jusqu'à un certain point la confiance de la classe ouvrière au Canada anglais qui a été ébranlé par 30 ans de néolibéralisme.

A l’intérieur des contraintes de leur faible mandat, les Conservateurs vont essayer d’avancer leur programme réactionnaire : plus de réduction d’impôts pour favoriser les riches, davantage de réduction des programmes sociaux, le transfert des pouvoirs de taxation et de réglementation aux provinces, la privatisation accélérée du système de santé, l’augmentation des dépenses militaires, un appui plus explicite pour l’axe impérialiste Bush-Blair et plus de mesures coercitives pour les jeunes contrevenants.
Jusqu’à quel point Harper est capable d’aller de l’avant avec ces points et d’autres de son agenda ne dépend pas tellement des manœuvres parlementaires mais plutôt du niveau d’opposition populaire qui peut être mobilisée contre le gouvernement.

La question du Québec est encore la source majeure d’inquiétude politique pour la classe dirigeante canadienne. Le Québec a toujours été crucial pour l’exercice du pouvoir politique de la bourgeoisie dans l’État canadien et c’est encore le cas aujourd’hui. Le déclin des Libéraux fédéraux au Québec et la montée du Bloc engendrent une crise réelle pour ce système de domination et posent bien sûr la question d’une autre tentative pour l’indépendance du Québec par les forces souverainistes.

La réapparition limitée des Conservateurs sert donc à ranimer les espoirs des fédéralistes en ce qui concerne leur situation de plus en plus moribonde au Québec. Nous pouvons être sûrs que, quelque soit la déception de sa base francophobe de l’Ouest canadien, le portefeuille du Québec sera une priorité stratégique pour le gouvernement Harper.

Par Robbie Mahood

L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC ENCORE À L’ORDRE DU JOUR

Quoique incompréhensible à de nombreuses personnes au Canada anglais, la question de l’indépendance nationale du Québec continue de peser lourdement dans la vie politique de cette province et du Canada tout entier. Que les élections fédérales du 23 janvier amènent ou non un autre gouvernement minoritaire, une chose est claire : le Québec et le reste du Canada vivent dans des univers politiques différents et le gouffre entre eux va en s’élargissant.

Les électeurs du Québec semblent disposés à renforcer la position déjà dominante du Bloc Québécois nationaliste bourgeois au parlement fédéral laissant les Libéraux de Paul Martin avec une base qui se rétrécit sans cesse au Québec, tout en bloquant l’entrée aux Conservateurs et au Nouveau Parti Démocratique.

Les Québécois sont beaucoup plus déterminés que les électeurs du Canada anglais à punir les Libéraux fédéraux pour leur utilisation scandaleuse des fonds publics pendant et après le référendum de 1995 sur l’indépendance du Québec. Les sondages indiquent que le Bloc pourrait obtenir jusqu’à 55% des votes au Québec.

Ces réalités politiques étaient vraiment frappantes à la mi-décembre quand j’ai travaillé dans cette petite communauté industrielle et agricole du nord-ouest du Québec, située près de la frontière ontarienne. A Ville Marie les élections fédérales sont le spectacle d’un seul parti.

Trois grandes affiches sur la rue principale nous assurent qu’ « Heureusement ici c’est le Bloc Québécois ». Il n’y a aucune affiche libérale en ville, sans parler des Conservateurs et du NPD. Mais à moins d’une heure et demie de route, de l’autre côté de la rivière Ottawa dans la région minière du nord-est de l’Ontario, la bataille se joue entre le NPD basé sur les syndicats et les Libéraux.

Ville Marie est un microcosme de la politique du Québec aussi bien au niveau fédéral que national (i.e. provincial). Il n’y a aucun sentiment d’amour envers le gouvernement libéral de Jean Charest alors que ce dernier tente d’affaiblir de manière décisive les syndicats et de démanteler les services publics prisés par la population.

Ici et partout à travers le Québec les écoles ont été fermées à raison d’une ou deux journées par semaine quand les professeurs faisaient des moyens de pression pour un nouveau contrat de travail. Ce matin (une journée du mois de décembre), à une température de moins 30 degrés, des travailleurs et travailleuses du secteur public ont dressé des lignes de piquetage autour de leurs lieux de travail.

L’offensive libérale ne s’est pas produite sans résistance. L’année dernière, une grève étudiante massive éclata dans laquelle une nouvelle génération de Québécois et Québécoises a forgé sa première expérience politique. Cet automne, il y a eu des grèves rotatives du secteur public et des manifestations de masse contre la privatisation des garderies.

A cause de l’inexistence d’un front commun entre les centrales syndicales québécoises et de l’absence d’une menace de grève générale, Charest survivra probablement à la lutte en cours. Mais son gouvernement en paiera le prix dans les sondages d’opinion.

L’opposition officielle formée par le Parti Québécois (PQ), l’homologue provincial du BQ, a l’espoir de capitaliser sur la colère publique contre les Libéraux provinciaux et fédéraux. Le PQ a récemment congédié son vétéran leader, Bernard Landry, et a choisi un jeune politicien de carrière, André Boisclair, comme son successeur. Boisclair, qui a une belle image télévisuelle, est une sorte de caméléon, mais il a été le choix de l’establishment du parti et il dirigera le PQ dans la voie du néolibéralisme pur et dur tout en gardant les options ouvertes sur la question de la souveraineté.

Le retour du PQ au gouvernement à Québec, avec une présence renforcée du Bloc à Ottawa, créerait une pression forte mais pas nécessairement inexorable pour un autre référendum sur l’indépendance du Québec. C’est un cauchemar pour la bourgeoisie canadienne.

Les capitalistes québécois ont eux aussi peur d’un autre référendum à cause de l’instabilité politique et économique qui en résulte. Il y aura donc une énorme pression de la part de la classe capitaliste à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du Québec pour reporter indéfiniment un « autre rendez-vous avec le destin » ou pour atténuer autrement l’agenda souverainiste.

D’un autre côté, chaque tentative de saper ou de détruire le mouvement indépendantiste semble avoir l’effet contraire. La résistance populaire et ouvrière aux politiques néolibérales des partis fédéralistes, que ce soit à Ottawa ou à Québec, augmente également le sentiment pour l’indépendance.

L’avance électorale du BQ, et potentiellement du PQ, semble préfigurer la domination continuelle du mouvement indépendantiste par ces forces pro-capitalistes. Mais ce ne sera pas nécessairement le cas.

Le mouvement ouvrier du Québec a eu l’opportunité de créer une alternative politique pour la classe ouvrière pendant la vague de luttes nationalistes et syndicales qui secoua le Québec dans les années 60 et 70. Il n’a pas réussi à le faire, en grande partie à cause des réflexes de collaboration de classes de la bureaucratie syndicale. Mais cet héritage malheureux montre des signes de dénouement.

En premier lieu, il y a une désillusion croissante envers le PQ. Elle n’a pas encore atteint des proportions massives, mais c’est néanmoins palpable.

Le PQ se présente lui-même, quelque peu sincèrement, comme étant plus modéré dans la poursuite de l’austérité capitaliste que le PLQ ou l’Action Démocratique du Québec populiste de droite. Mais en tant que porteur traditionnel de l’indépendance du Québec et à cause de son rôle historique dans la consolidation de l’État québécois moderne, le PQ soulève des espoirs pour un modèle social différent de celui qui domine. Par conséquent, son adhésion aux politiques néolibérales est considérée comme une trahison par les éléments les plus conscients politiquement dans sa base ouvrière et populaire. Le choix de Boisclair comme chef va probablement accélérer cette dynamique.

Le capital politique du BQ est beaucoup plus intact. Son statut d’opposition perpétuelle à Ottawa lui permet de prendre des positions plus progressistes sur plusieurs questions et son chef, Gilles Duceppe, un ancien maoïste et permanent syndical, jouit d’un grand respect à cause de sa défense des « intérêts » nationaux du Québec à Ottawa.

Les Québécois ont tendance à utiliser  leur vote aux élections fédérales pour des buts défensifs limités. Ce qui signifie que le BQ est mieux protégé des contradictions qui affectent plus directement son homologue provincial.

Une rupture avec le nationalisme bourgeois risque davantage de se produire au niveau de la scène politique du Québec, plutôt qu’au niveau fédéral, particulièrement en regard du traditionnel chauvinisme anglo-canadien du NPD et de son refus de défendre les droits nationaux du Québec. Cette rupture future et l’importance d’une ouverture pour la gauche seront mises à l’épreuve avant les prochaines élections québécoises.

Deux organisations de la gauche québécoise, Option Citoyenne et l’Union des forces progressistes, avec plus de 5000 membres en commun, fusionneront dans un seul parti politique en février 2006. Tout en affirmant leur appui pour l’indépendance du Québec, les deux organisations se sont engagées à mettre fin à l’emprise des partis néolibéraux sur la vie politique du Québec.

Par Robbie Mahood

PLATEFORME DE LA LIGUE POUR L’ACTION SOCIALISTE

A travers l’État canadien les membres et les partisans de Socialist Action/ Ligue pour l’Action Socialiste sont actifs dans les luttes syndicales, dans le combat pour l’égalité des femmes, pour les droits des gais et lesbiennes et pour mettre fin au racisme et à l’oppression nationale. Nous travaillons pour mettre fin à la discrimination contre les aînés, les jeunes et les handicapés. Nous voulons un environnement propre et sécuritaire. En bref nous demandons une société qui place les besoins humains avant les profits privés.

Les membres de SA/LAS jouent un rôle dirigeant dans le Caucus socialiste du NPD, qui lutte pour pousser vigoureusement le Nouveau Parti Démocratique vers la gauche, pour l’adoption d’un ordre du jour des travailleurs et des travailleuses, pour la démocratie économique et la transformation socialiste. La LAS met la solidarité internationale en pratique avec l’action en appuyant l’Intifada palestinienne et en défendant  la révolution cubaine.

Le capital international et ses partenaires commerciaux internes sont à l’offensive, attaquant les droits et le niveau de vie de la classe ouvrière à un rythme accéléré. Les gains historiques de la classe ouvrière sont en danger ainsi que l’environnement qui supporte l’humanité.

En ces temps d’exacerbation de la lutte des classes, il y a un besoin urgent pour une organisation capable d’avancer une stratégie révolutionnaire, capable de forger une direction en plein coeur du mouvement ouvrier. Comme nous défions le capital, nous faisons face aussi à la nécessité de libérer les organisations de masse de l’emprise des bureaucraties conservatrices et de construire une unité démocratique et militante dans l’action. Nous devons le faire non seulement dans ce pays, mais aussi dans le monde entier. C’est ce pourquoi lutte la Ligue pour l’Action Socialiste. Nous vous invitons chaleureusement à vous joindre à nous.


Voici notre plateforme

Abolir le capitalisme
Pour construire une société organisée pour satisfaire les besoins humains, le capitalisme et ses institutions patriarcales doivent être abolies. La pauvreté, l’exploitation, le sexisme, l’oppression et la guerre sont enracinés dans le capitalisme international (l’impérialisme). L’impérialisme a mené aux guerres barbares et aux armes nucléaires qui peuvent exterminer l’humanité ainsi qu’à la destruction écologique qui menace notre survie future.


Pour la démocratie socialiste
Le socialisme devrait étendre la démocratie et l’auto-organisation à tous les niveaux. La société socialiste est basée sur la propriété collective et le contrôle démocratique des moyens de production.

Notre vision du socialisme n’a rien à voir avec le stalinisme, un système autoritaire répressif dans lequel les bureaucrates privilégiés ont volé le pouvoir des mains des travailleurs. Nous croyons dans un État socialiste multipartite qui garantit et respecte les droits démocratiques.

La classe capitaliste utilisera sa police, ses tribunaux, sa bureaucratie et son armée pour bloquer le changement démocratique et égalitaire. Par conséquent, l’État capitaliste doit être détruit et remplacé par les institutions démocratiquement élues de la classe ouvrière et ses alliés.

Pour le socialisme international
Le socialisme peut seulement être crée en mettant fin à la pénurie mondiale. Nous devons organiser le travail et les ressources et développer la production sur une échelle mondiale, pas à l’intérieur d’un seul pays.

Mais la classe ouvrière peut et doit prendre le pouvoir à l’intérieur des frontières existantes. Elle peut étendre la révolution en offrant la solidarité politique et matérielle avec les luttes ouvrières à l’étranger. Dans les pays capitalistes avancés, nous devons exproprier et désarmer notre propre classe dirigeante impérialiste pour établir le pouvoir ouvrier.

Nous saluons les soulèvements populaires et démocratiques en Europe de l’Est, en Russie et en Asie contre les restants de la bureaucratie stalinienne et contre la classe dirigeante capitaliste mafieuse en développement. Nous sommes opposés à la restauration du capitalisme et appelons pour une révolution ouvrière menant au rétablissement de la propriété sociale et la création d’une authentique démocratie socialiste.

Pour la libération des femmes
Notre vision du socialisme n’est pas rigide. Nous apprenons des leçons des mouvements sociaux contemporains, plus spécialement le mouvement des femmes.

Sans la participation et la direction des femmes, il n’y aura pas de révolution socialiste. Sans la libération des femmes, il n’y aura pas de socialisme.

Nous appuyons et participons au mouvement autonome des femmes et appuyons l’action féministe et socialiste.





Contre l’impérialisme canadien
Pour l’autodétermination des Québécois et des peuples autochtones
Nous croyons que le Canada est un État impérialiste, faisant partie du G-8, un club qui exploite les peuples des pays sous-développés. L’État canadien a été fondé sur l’oppression des peuples autochtones et des Québécois. Ces derniers sont soumis depuis 200 ans à une oppression économique, sociale, culturelle et linguistique et se font nier le droit à l’autodétermination nationale, ce qui veut dire, le droit de former leur propre État indépendant. Nous défendons le droit des Québécois et des peuples autochtones à l’autodétermination. À l’intérieur du Québec nous appuyons l’indépendance mais nous nous opposons au Parti Québécois et au Bloc Québécois nationalistes bourgeois. Nous appuyons la formation d’un parti ouvrier indépendant de masse. Nous nous opposons à l’impérialisme canadien. Notre loyauté n’est pas avec notre classe dirigeante mais avec les travailleurs et les peuples opprimés à travers le monde.

Pour l’action politique ouvrière indépendante
Pour un gouvernement ouvrier
En tant que socialistes, nous poussons nos frères et sœurs de classe à rompre avec les partis capitalistes, à lutter pour leurs propres intérêts de classe indépendants et à élire des gouvernements dirigés par des partis ouvriers.

Au Canada anglais, le Nouveau Parti démocratique est le seul parti de masse basé sur les travailleurs et travailleuses organisé(e)s. C’est un parti réformiste libéral engagé pour une version légèrement plus humaine du capitalisme. Nous appuyons entièrement les luttes pour gagner des réformes mais nous croyons que la direction du  NPD a un programme pro-capitaliste qui va contre les intérêts véritables des membres ouvriers du parti et de ses  électeurs.

Un vote pour le NPD est un vote de classe contre les partis patronaux. Par conséquent, nous défendons l’affiliation des syndicats au NPD pour renforcer le caractère ouvrier du parti. À l’intérieur du NPD nous luttons pour des politiques socialistes, pour la démocratie interne du parti et pour un ordre du jour des travailleurs et des travailleuses incluant un engagement vers les actions de masse extra-parlementaires, ce qui est crucial pour le développement d’une alternative socialiste au règne du capital dans ce pays.

Construire les mouvements, construire un parti révolutionnaire
Nous appuyons et participons aux luttes quotidiennes des syndicats, du mouvement autonome des femmes, du mouvement des gais et lesbiennes, des groupes de solidarité internationales, des groupes antiracistes, des organisations étudiantes et communautaires, des groupes environnementaux et de tous ceux qui agissent pour un changement social progressiste.

La construction des mouvements est nécessaire mais pas suffisante. Ces luttes ne mèneront pas par elles-mêmes au renversement du capitalisme. La victoire de la révolution socialiste exige une direction consciente basée sur un programme révolutionnaire. Nous voulons construire un parti ouvrier révolutionnaire de masse, un parti qui est basé sur les gains politiques de plus de 100 ans de luttes ouvrières.

La Ligue pour l’Action Socialiste
La Ligue pour l’Action Socialiste est une organisation socialiste révolutionnaire pancanadienne en solidarité politique avec la Quatrième Internationale. Actif dans plus de 50 pays, le mouvement trotskyste mondial est depuis plus de 60 ans au premier plan des luttes ouvrières contre l’oppression capitaliste et le stalinisme.

La Ligue pour l’Action Socialiste est basée sur le principe démocratique de la participation de tous les membres aux débats sur le programme et la stratégie, suivis par l’unité réelle dans l’action.

Nous luttons pour un monde conforme aux besoins humains et pour un parti révolutionnaire de masse qui mènera la lutte vers la victoire. Si vous êtes d’accord avec ce que nous défendons, nous vous invitons à nous rejoindre.

ÉLISONS UN GOUVERNEMENT NPD LUTTONS POUR UN ORDRE DU JOUR DES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES

Déclaration de la Ligue pour l’Action Socialiste pour les élections fédérales du 23 janvier 2006 au Canada

Quel est l’enjeu?

Normalement les politiciens capitalistes font tout leur possible pour embrouiller les questions et obscurcir leurs positions réelles. Ils le font parce que s’ils disent ce qu’ils ont vraiment l’intention de faire, ils ne seront jamais élus. Les électeurs  qui se dirigent aux urnes le 23 janvier partout au Canada font face au défi de plus en plus écrasant de distinguer les faits de la fiction, de séparer l’agneau des loups. La difficulté est aggravée par le fait que le gouvernement libéral minoritaire a été soutenu pendant 7 de ses 17 mois d’existence par le Nouveau Parti Démocratique basé sur les syndicats, en échange de quelques concessions budgétaires progressistes. Par la suite, le gouvernement fût défait par les votes combinés du NPD, du Parti Conservateur et du Bloc Québécois, après que les Libéraux aient rejeté une demande du NPD de légiférer pour interdire davantage d’intrusions du secteur privé dans le système public de santé et quand le Premier ministre Paul Martin a refusé de fixer une date pour les élections avant mars 2006.

Une fois que la campagne électorale a été déclenchée, les sondages révélèrent que les priorités des électeurs sont les questions sociales comme la santé et l’éducation, suivies par l’emploi et la croissance économique.  Mais les principaux partis de la grande entreprise se concentrent sur des sujets de moindre envergure comme l’éthique et les taxes. Pourquoi ce gouffre? Il ne devrait pas y avoir de mystère à ce sujet.

Les investissements sociaux ont subi des compressions sévères au cours des deux dernières décennies, de la part des Libéraux depuis douze ans, et des Conservateurs auparavant. Aujourd’hui les deux partis tentent de camoufler leurs plans pour continuer d’étouffer les besoins sociaux, notamment en détournant l’attention vers les scandales, les personnalités et la soi-disant « unité nationale ».

Ce qui ne veut pas dire que l’infâme scandale des commandites, dans lequel 100 millions$ ont été donné à des agences de publicité proches du Parti Libéral au Québec, avec pour résultat des accusations au criminel et la Commission Gomery qui porta le blâme sur les bonzes du Parti Libéral, n’est d’aucun intérêt pour la population. Au Québec il y a eu une poussée fulgurante d’indignation nationale, discréditant davantage l’État fédéral qui tente d’acheter des faveurs pour nier le droit à l’autodétermination aux Québécois.

Mais cette corruption politique n’est qu’un mince bout de l’iceberg des problèmes sociaux et du mécontentement. Plus profonde est la montée de la colère contre la détérioration du système public de santé, de l’éducation, du logement, des transports et des infrastructures urbaines causée par les coupures massives des dépenses publiques que ni les Libéraux ni les Conservateurs ont l’intention d’arrêter.

Ceci nous amène à l’enjeu réel de ces élections. Il peut être résumé comme ainsi : l’ordre du jour capitaliste (symbolisé par les propositions de réduction d’impôts) contre la  responsabilité sociale (représentée par tous les gains des luttes ouvrières qui sont attaqués). Les vestiges de l’État-Providence d’après-guerre demeurent sur le billot, nonobstant les 20 milliards$ de dépenses promises par Paul Martin avant les élections.

Les différences de Martin avec le chef Conservateur Stephen Harper sont purement tactiques. Harper est simplement plus franc sur l’accélération du rythme de privatisation des services publics, alors que Martin préfère agir avec ruse, combinant des mensonges bien ficelés avec un éventail de « priorités » (sans fondement), comme le programme national de garderies que les Libéraux ont promis à plusieurs reprises à chaque élection depuis 1993. Avec un adoucissement de la pression du NPD sur sa gauche, Martin peut sembler s’adapter à la droite, promettant l’interdiction des plus gros fusils, une ligne dure contre le Québec, une armée plus grande et plus interventionniste et des changements fiscaux qui avantagent les riches et les grandes compagnies.

Où s’en va l’État canadien?

Le consensus de la classe dirigeante est de poursuivre le rythme accélérant de la privatisation, des concessions syndicales, de la déréglementation de l’économie et le déplacement de la richesse vers l’élite des affaires.

Parce que la politique étrangère reflète la politique intérieure (et vice-versa), il ne devrait pas y avoir de surprise sur le fait que le néolibéralisme ici a sa contrepartie dans le rôle croissant de l’État canadien en tant que garant et envahisseur militaire pour le compte des intérêts commerciaux canadiens à l’étranger, normalement en alliance avec Washington.

Le refus hautement publicisé de Jean Chrétien de participer à la mésaventure irakienne et le « non merci » courtois de Paul Martin au bouclier antimissile sont plus que compensés par l’intervention canadienne non négligeable en Afghanistan, les remarques belliqueuses et racistes du général Hillier  sur les « sales ordures » meurtrières, les navires de guerre canadiens patrouillant le Golfe Persique, l’entraînement du personnel militaire des troupes fantoches irakiennes en Jordanie, les forces d’occupation sur le sol des Balkans, et le dernier mais non le moindre, le soutien de l’armée et de la police canadiennes au coup d’État, à l’occupation et à la répression des droits humains en Haïti. L’impérialisme canadien ne date pas d’hier, mais les illusions dans le rôle de « gardien de la paix » se sont rapidement éteintes sur l’autel de la doctrine « du devoir de protection » (le fardeau de l’homme blanc pour « sauver » les victimes des États en faillite, eux-mêmes les victimes de la domination impérialiste) et le soutien qualifié du candidat vedette libéral Michael Ignatieff à la torture et la guerre impérialiste. Le profilage racial, la détention arbitraire, les procès secrets, combinés avec « l’intégration profonde » dans la politique sociale, étrangère et de défense des Etats-Unis, incluant leur politique anti-drogues, complètent le tableau. Toutes ces choses ont été faites continuellement par les Libéraux de Paul Martin, mais discrètement. Les Conservateurs de Stephen Harper agiraient de la même manière, mais ouvertement et avec fanfare.

L’impérialisme à l’étranger aurait peu de valeur sans sécuriser l’État impérial à l’intérieur. Ce qui signifie tenir en respect le Québec, les Acadiens et les peuples autochtones. L’arme choisie par les dirigeants canadiens pour le Québec est la loi sur la Clarté référendaire, par laquelle le gouvernement fédéral s’arroge le pouvoir de déterminer si un vote futur du Québec pour la souveraineté est basée sur une question suffisamment claire avec une majorité suffisante et tout ceci sera décidé par Ottawa après coup! Se cachant non loin derrière cette tactique d’intimidation, le Plan B, qui inclut l’embargo économique, la partition territoriale et l’intervention militaire. Ce n’est pas vraiment une recette pour la coopération continentale et la démocratie.

La remontée du mouvement indépendantiste québécois, qui est le résultat de la montée de la confiance nationale et de l’impatience face à l’ordre du jour néolibéral d’Ottawa, tout comme elle est une réaction aux plans maladroits du fédéral pour gagner de l’influence, fait de la présente élection une sorte de référendum déformé au Québec. La déroute des partis fédéralistes au Québec pave la voie au prochain vote pour la souveraineté, qui sera probablement un grand coup pour la classe dirigeante canadienne et son État, malgré l’absence d’un parti ouvrier de masse au Québec pour montrer la voie à suivre anticapitaliste et souverainiste.

Tout en faisant certains progrès grâce à ses amendements progressistes au budget libéral de juin 2005, le NPD a subi récemment certains revers, la plupart d’entre eux ayant été infligés par lui-même. Le slogan du chef du NPD, Jack Layton, « Faisons fonctionner le parlement » a été brièvement utile pour obtenir des concessions mineures de Paul Martin, mais a aussi affaibli le NPD et l’autonomie syndicale face aux Libéraux. Ceci est évident d’au moins deux façons. Layton fait campagne pour « gagner plus de sièges pour le NPD », pas pour former un gouvernement. Même si certaines personnes affirment que c’est une question « tactique », c’est en réalité une question de principe. Ceci implique que le prix à payer est un autre gouvernement libéral minoritaire, soutenu par un contingent du NPD un peu plus gros. C’est à peine mieux que l’appel explicite du président des Travailleurs Canadiens de l’automobile, Buzz Hargrove, pour la réélection d’un régime Libéral minoritaire, soutenu par quelques néo-démocrates.

Ça ne s’arrête pas là. La volonté de faire fonctionner un parlement libéral minoritaire s’est traduite par le silence du NPD sur la croissance de l’armée et sur l’occupation canadienne de l’Afghanistan et d’Haïti. Elle a poussé Layton à changer (encore une fois) sa position et à embrasser la loi sur la Clarté référendaire anti-québécoise et antidémocratique. Elle a contribué à l’ambiguïté sur les établissements privés de soins de santé, dont Layton dit que le NPD toléreraient mais ne financeraient pas. Elle a conduit à faire une promesse complètement débilitante de « pas de hausse d’impôts et pas de nouveaux impôts » combiné avec une défense du statu quo du système fiscal, incluant la détestée Taxe sur les produits et services (TPS). Lors des élections en 2004, le NPD a proposé d’augmenter les impôts pour les individus avec un revenu de plus de 250 000$ par année, de taxer les banques et les compagnies, de mettre un impôt de 40% sur les héritages de plus de 1 million$ (excluant les petites entreprises et les fermes familiales) et d’éliminer progressivement la TPS.

Tout le monde sait que les surplus fédéraux existants ne serviront pas à financer adéquatement l’annulation des compressions sociales des vingt dernières années et seront laissés à l’entière discrétion du penchant naturel des Libéraux de favoriser les grandes banques avec d’énormes paiements sur la dette à des taux d’intérêts exorbitants. Opter pour le statu quo fiscal équivaut à accepter l’injustice économique permanente, incluant la malnutrition, les sans-abri, l’eau potable en danger, les maladies évitables et l’analphabétisme qui affectent des millions de personnes. Cette position régressive contribue davantage que l’opportunisme traître d’Hargrove à estomper les différences entre le NPD et le Parti Libéral.

Une voie alternative

Une alternative claire à cette direction est nécessaire pour faire avancer les intérêts de la classe ouvrière, des minorités opprimées, des femmes, des jeunes, des aînés et des pauvres. Pour mettre au point une telle alternative il est nécessaire de se battre au sein des institutions existantes du mouvement ouvrier pour défendre l’indépendance de la classe ouvrière en parole et en acte.

Ceci commencera nécessairement avec un rejet de la politique du « moindre mal ». Ce qui signifie dire Non au « vote stratégique » et  à l’alliance NPD-Parti Libéral. Ça veut dire faire une rupture claire avec les Libéraux, les Conservateurs, le Bloc Québécois et les Verts. Tout ça implique de lutter pour un ordre du jour des travailleurs et des travailleuses.

Depuis les dernières élections, le NPD a participé à une série de luttes sociales, incluant les manifestions massives anti-guerre, les grèves du secteur public à Terre-Neuve et en Colombie-Britannique et les gigantesques manifestations des étudiants et des travailleurs au Québec. Cette occasion a été gâchée par un retour à la routine électorale.

Néanmoins, en dépit de l’affaiblissement de ses liens avec les syndicats, le NPD demeure le seul parti politique de masse basé sur les syndicats en Amérique du Nord, un parti dont le monde des affaires ne peut et ne doit pas dépendre pour diriger le gouvernement selon ses intérêts de classe.

Une victoire pour le NPD, en fait tout gain significatif pour le NPD, créera de meilleures conditions pour que le mouvement ouvrier puisse défier l’ordre du jour néolibéral en cours. Pour cette raison, nous appelons à l’élection d’un gouvernement NPD le 23 janvier.

L’orientation de Jack Layton à faire élire plus de néo-démocrates plutôt que de lutter, en principe, pour un gouvernement NPD, alimente le discours malhonnête des médias à l’effet que le NPD ne peut gagner, qu’un vote pour le NPD est un vote perdu, à tel point qu’un « vote stratégique » pour arrêter les Conservateurs soi-disant plus à droite est proposé. C’est une ligne perdante pour la campagne du NPD. Elle pourrait être abandonnée immédiatement par Layton.

Les socialistes insistent qu’un gouvernement NPD a le potentiel pour ouvrir la voie au changement social en enlevant les leviers du gouvernement aux partis de la grande entreprise. Un gouvernement NPD pourrait augmenter la confiance et la combativité  de ceux et celles qui combattent l’ordre du jour néolibéral. Associé avec des mouvements sociaux et syndical renaissants et une aile gauche pro-lutte de classe renforcée à l’intérieur du parti, un gouvernement NPD pourrait déplacer nettement le rapport de forces en faveur de la classe ouvrière et de ses alliés.

Les socialistes luttent pour un gouvernement NPD que nous poussons à s’engager pour des politiques socialistes. Nous appelons donc à voter NPD dans chaque conscription. Ce qui inclut le Québec où le parti est plus faible et bénéficie de peu d’appui des syndicats à cause de son hostilité historique pour les lois sur la langue française et l’objectif de l’autodétermination du Québec. L’Union des Forces Progressistes, une coalition de gauche et syndicale qui se développe au Québec, fusionnera en février 2006 avec Option Citoyenne, un autre mouvement nationaliste progressiste, mais aucune de ces organisations ne présente de candidats pour les actuelles élections fédérales.

Le Bloc Québécois, en dépit de son image social-démocrate, est lié solidement aux capitalistes québécois et à l’ancien régime capitaliste provincial du Parti Québécois. Le Parti Vert, dont les sondages prédisent qu’il remportera environ 4% des suffrages, insiste qu’il ne fait pas partie du mouvement ouvrier. Il affirme être ni de droite ni de gauche. Pour les besoins de cette élection, nous devrions prendre les Verts au mot, bien qu’il soit évident que leurs politiques sont tout à fait régressives et certainement pas neutres d’un point de vue de classe.

Par conséquent, le NPD basé sur les syndicats au Canada anglais, représente le seul véhicule dans cette élection pour l’action politique indépendante de la classe ouvrière à travers l’État canadien. Chaque gain pour le NPD le 23 janvier sera un gain pour la classe ouvrière.

La tâche des militants du NPD maintenant est de lier la campagne électorale du parti aux luttes et aux mobilisations en cours des travailleurs et travailleuses et des pauvres,  plus spécialement aux mouvements pour mettre fin aux interventions impérialistes au Proche-Orient, pour sortir le Canada d’Haïti, pour annuler les accord commerciaux de «libre-échange » et pour appuyer les grèves qui défient les coupures dans les emplois et les services vitaux.

À la lumière du recul du NPD concernant la loi sur la Clarté référendaire et le droit du Québec à l’autodétermination nationale, nous tenons compte de la possibilité d’appuyer des candidatures alternatives au Québec qui appuient l’indépendance et le socialisme.


Un ordre du jour des travailleurs et travailleuses……pour un changement!

En appelant à voter pour le NPD dans la grande majorité des circonscriptions, nous luttons aussi de toutes nos forces pour un ordre du jour des travailleurs et des travailleuses, qui inclurait les politiques suivantes :

Reconstruisons les systèmes publics de santé et d’éducation. Annulons les coupures de financement; commençons par l’implantation du rapport Romanov et la restauration des niveaux antérieurs aux compressions. Gelons les frais de scolarité post-secondaires et étendons rapidement l’éducation gratuite à tous les niveaux. Abolissons les dettes étudiantes. Interdisons les universités, les collèges, les hôpitaux et les cliniques de santé privés. Mettons fin au financement pour les écoles religieuses, séparées et privées. Pour un système de garderies gratuit, universel et de qualité.

Réduisons de 25% le prix de l’essence et de l’huile à chauffage domestique et gardons les à ce niveau. Nationalisons l’énergie sous le contrôle ouvrier et communautaire démocratique. Utilisons une grande portion des revenues de l’énergie pour financer la recherche et le développement sur des énergies alternatives saines et sécuritaires. 

Engageons la guerre contre la pauvreté. Des emplois pour tous. Réduisons la semaine de travail, sans perte de salaire ou de bénéfices. Augmentons le salaire minimum à 12$ de l’heure. Étendons l’Assurance-Emploi pour couvrir tous les travailleurs et travailleuses sans-emploi, à 80% des salaires, avec un faible seuil pour se qualifier, pour une durée de 52 semaines et la possibilité de renouveler sa demande sans pénalité. Consacrons 2% du budget fédéral à la construction de logements sociaux. Annulons la privatisation des services publics et la déréglementation de l’économie. Re-nationalisons Air Canada et les chemins de fer. Arrêtons les congédiements. Ouvrons les livres comptables des compagnies. Étendons la propriété publique aux moyens de communications, aux ressources naturelles, aux banques, au développement agraire et à la construction. Élisons des directeurs révocables par les assemblées d’employées; limitons les salaires des fonctionnaires élus au niveau du salaire des ouvriers qualifiés dans le secteur d’emploi représenté. Étendons et défendons le droit de grève pour tous les travailleurs et travailleuses.

Retirons les forces armées canadiennes de l’Afghanistan, d’Haïti, du Proche-Orient et des Balkans. Pour une politique étrangère basée sur la solidarité, l’internationalisme et la justice sociale. Pas un sou pour la guerre impérialiste et l’occupation. Limitons les forces armées canadiennes à un rôle de sauvetage et de secours pendant les désastres et réduisons le budget militaire en conséquence. Défendons la révolution cubaine et la république bolivarienne du Venezuela. Travaillons pour libérer maintenant les cinq Cubains anti-terroristes emprisonnés aux Etats-Unis, ainsi que Mumia Abu-Jamal, Leonard Peltier et tous les prisonniers politiques de la justice sociale.

Autodétermination pour le Québec et les peuples autochtones. Abrogeons la loi sur la Clarté référendaire. Annulons les attaques contre les libertés civiles; mettons fin aux procès secrets, libérons les détenus politiques, accueillons les objecteurs de conscience. Révoquons les soi-disant lois « anti-terroristes ». Pour des droits pleinement égaux pour les femmes, les gais, les lesbiennes et les bisexuels ainsi que pour les minorités ethniques et raciales. Défendons le libre choix pour l’avortement et l’action affirmative pour les femmes et les minorités dans l’emploi et l’éducation.

Sauvons l’environnement; obligeons les compagnies à mettre de l’ordre dans leurs fouillis. Éliminons progressivement l’industrie nucléaire. Mettons une priorité très élevée sur la protection écologique et sur la production d’énergie saine ainsi qu’au  respect et au dépassement des objectifs des accords de Kyoto pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Finançons un transport public bon marché et le renouveau urbain. Faisons en sorte que les villes aient des revenus garantis, stables et suffisants, basés sur la taxation progressive en plus de l’autorité légale pour planifier le développement urbain.

Augmentons de manière significative les taxes sur la richesse, sur les gains en capitaux, sur les transactions financières spéculatives, sur les héritages de plus de 1million$ ainsi que sur les grosses compagnies et les banques. Abolissons la TPS.

Abrogeons les accords commerciaux capitalistes, tels que l’ALÉNA et la ZLÉA, et instituons des pratiques commerciales équitables avec divers partenaires. Inspirons-nous de l’exemple positif l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (ALBA), parrainée par le Vénézuela et Cuba, qui est un exemple de coopération bilatérale. Créons un fonds compensatoire pour aider les économies plus faibles ainsi que des entreprises communes non basées sur l’exploitation.

Les Gays à Cuba, et l’école de falsification de Hollywood

par HECHAVARRIA Leonardo , HATCH Marcel



8 novembre 2005
Une critique du film "Avant la Nuit"
par Leonardo Hechavarría et Marcel Hatch
traduction Cuba Solidarity Project

[ LES AUTEURS : Leonardo Hechavarria, citoyen cubain, est traducteur et interprète. C’est un partisan fervent de la Révolution et milite pour la reconnaissance des lesbiennes et des gays dans son pays. Marcel Hatch est typographe et un vétéran de la lutte pour les droits des homosexuels au Canada. Ils organisent chaque année à Cuba la Tournée d’Education de Nouveau Parti Démocratique [du Canada], sponsorisée par le Mouvement de la Paix Cubain (voir www.ndpsocialists.ca). Vous pouvez contacter Hechavarria et Hatch à l’adresse suivante : cubatour@ndpsocialists.ca ]

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"Avant la Nuit" n’est pas un film baclé. Au contraire, c’est du cinéma finement ciselé, avec de bons acteurs de niveau international tels que Javier Bardem, Olivier Martinez, Andrea Di Stefano, Johnny Depp et Sean Penn.

Cette production US, dirigée par Julian Schnabel et tournée au Mexique, a reçu de nombreux prix grâce à la qualité de ses images et une charge émotionelle à vous briser le coeur. Qualifié "d’histoire vraie", ce film est rempli aussi de demi-vérités et de sornettes anti-castristes présentés comme de l’art et de la poésie, le tout enrobé de sexe. Et, fidèle à un certain genre, l’homosexuel meure avant le générique de fin.

Ce film est une version épurée de la vie du poéte et écrivain Cubain Reinaldo Arenas. On nous montre son enfance pauvre, ses talents de poète et ses premiers penchants pour ceux du même sexe.

Nous suivons son évolution sociale et hormonale, son voyage comme auteur, ses frustrations face à l’homophobie d’une époque, ses désillusions sur Cuba, son emprisonnement.

Nous assistons à l’auto-exil d’Arenas, à sa vie à New-York où il attrape le SIDA, vit dans une misère noire, écrit beaucoup sur Cuba, et se suicide en 1990.

On sort de la salle de projection avec l’impression d’un Cuba aussi corrompu qu’un état policier stalinien - un goulag pour homosexuels, intellectuels et artistes. Est-ce que ça marche ? A voir la consommation de mouchoirs en papier de nos voisins de séance, il semblerait que oui.

Est-ce que nous vous conseillons de boycotter ce film ? Non. Mais nous vous demandons de le regarder avec un oeil critique. Nous ne connaissons pas un seul Cubain, qu’il soit partisan ou adversaire du régime, qui trouve le film crédible. Pas plus que les militants gay intelligents.

Dans le Guardian du 7 Mai 2001, le Dr. Steve Williamson, un expert de l’oeuvre d’Arenas, dit que le film "rabache une histoire très vieille et déformée". Il pense que le poète souffrait de paranoia, sinon de démence, lorsqu’il écrivit "Avant la Nuit" dans les derniers moments de sa vie.

Williamson ajoute : "Cuba a énormément changé depuis cette époque. C’est de loin le pays le plus progressiste de toute l’Amérique latine en ce qui concerne les droits des gays. A l’évidence, [Arenas] a souffert ce qu’il a vécu durant cette période à Cuba, ce qui fut une erreur, mais si on prend au pied de la lettre ce qu’il a écrit ou ce que le film montre, on est en train de falsifier l’histoire."

Le film présume que le public est aveugle ou ignorant, mais pas forcément totalement hostile à la réalité Cubaine. Pourtant, par une étrange pirouette cinématographique, il fait l’impasse sur les progrès énormes accomplis pour les travailleurs, les femmes, les gens de couleur et, bien entendu, les gays à Cuba depuis 1959. La disparition de la faim, des sans-logis, de l’analphabétisme, du taux de mortalité infantile élevé et de la domination étrangère sur l’île sont bien sûr indiscutables - grâce à la Révolution.

Ce fut sous le règne de Clinton/Bush que fut déclenchée la vague de mélodrames anti-Cubains autour de l’homosexualité. Le mythe persistant, promu principalement par les cubano-américains d’extrême-droite (dont la plupart sont violemment homophobes), que l’homosexualité serait illégale à Cuba, que les gays et les lesbiennes seraient bannis du Parti Communiste et qu’ils seraient maltraités et jetés en prison ne sont que des balivernes.

Cette contre-vérité est très prisée chez les progresistes septiques et la communauté gay. C’est ce public là qui est visé par le film. Il est nécéssaire de contrer ces affabulations par des faits. Les voici.

UNE HISTOIRE BREVE DES HOMOSEXUELS A CUBA

Avant le Révolution de 1959, la vie des lesbiennes et des gays était marquée par un isolement extrême et une repression inscrite dans la loi et renforcée par le dogme Catholique. Les attitudes p atriarchales rendaient les lesbiennes invisibles. Si elles étaient démasquées, elles étaient souvent victimes de violences sexuelles, d’une mise à l’écart de la communauté et de la perte de leur emploi. Le milieu clandestin des gays à la Havane — environ 200.000 — était un bouillon de prostitution pour le tourisme des Etats-Unis, d’asservissements, de menaces constantes et de chantages. La mise au placard était de rigueur. La survie passait souvent par de faux mariages hétérosexuels, ou par un banissement dans le ghetto gay. La vie des homos à Cuba ressemblait en tous points à celle des homos des autres pays.

Après la Révolution, l’égalité des sexes fut inscrite dans la loi, y compris pour les salaires, la garde des enfants, l’avortement, le service militaire, entre autres conquêtes historiques, élevant ainsi le statut social et politique des femmes. Cette politique, une première en Amérique latine, a joué un grand rôle pour l’indépendence des femmes et leur liberté sexuelle, un prérequis à la libération homosexuelle. La Révolution a aussi détruit la prostition controlée par la Mafia et alimentée par le tourisme US qui maintenait les homosexuels et lesbiennes sous un joug.

La Révolution entreprit de fournir une éducation et un emploi aux femmes prositituées. Les lesbiennes bénéficiaient des avancées sociales des femmes en général, et beaucoup sont devenues de ferventes partisanes de la Révolution. D’un autre coté, une minorité importante d’hommes gays quittèrent le pays. Certains ont rejoint les expatriés contre-révolutionnaires à Miami ou y ont été forcés par le chantage. Ironiquement, les Etats-Unis, tout en menant la chasse aux homosexuels et les jetant en prison dans la période du McCarthysme, ouvrait grand les bras aux Cubains gays dans le cadre de la tentative de destabilisation généralisée du régime castriste.

Le machisme latin, la bigoterie catholique et l’homophobie stalinienne se sont combinées au début de la Révolution pour limiter les réformes légales pour les lesbiennes et les gays. Cependant, ces derniers ont joint leurs efforts dans la construction du Socialisme : la majorité espérait un avenir meilleur, tout en gardant un profil bas.

En 1965, Cuba était soumis aux aggressions des Etats-Unis (Baie des Cochons en 1961, Crise des Missiles en 1962, des incursions militaires et biologiques incessantes à partir de la Floride). Des brigands contre-révolutionnaires sévissaient dans les montagnes de l’Escambray. Dans un effort maladroit de faire participer aux efforts de la récolte de canne à sucre tous ceux qui réussissaient à echapper au service militaire — depuis les gays jusqu’aux Témoins de Jehova en passant par les travestis — , le gouvernement créa les Unités Militaires d’Aide à la Production (UMAP). A la suite de pressions internes et internationales, et aussi suite à une intervention politique directe de Fidel Castro, les UMAPs furent supprimées 18 mois plus tard. Les Cubains considèrent le projet des UMAPs comme une grave erreur et une atteinte au principe d’égalité socialiste.

Cependant, la droite persiste à décrire les UMAPs comme des camps de concentration, et laissent entendre qu’elles existent toujours. "Avant la Nuit" se sert des UMAPs pour renforcer l’image d’un Cuba transformé en colonie pénitencière pour les gays.

A la fin des années 60, l’attitude de Cuba à l’égard des lesbiennes et des gays était en synchronisation avec les pays d’Europe ou le Canada. L’homosexualité était traitée comme une "maladie" qui devait être soignée et non plus comme une activité criminelle.
Dans les années 70, on abandonna la notion importée du Stalinisme-Maoisme selon laquelle l’homosexualité était une "manifestation de la décadence capitaliste". L’Homosexualité était perçue comme une forme de comportement sexuel qu’il fallait étudier.

En 1971, un pas en arrière fut accompli lorsqu’un Congrès Culturel a adopté une déclaration qui stipulait "qu’aucun homosexuel ne pouvait représenter Cuba". Le decret fut contesté devant la justice par un groupe de théâtre et fût finalement abrogé deux ans plus tard. Tout comme au Canada dans les années 70 et début 80, les gays Cubains souffraient du harcélement routinier des policiers et faisaient l’objet de dénonciations honteuses en public. Mais à Cuba il n’y a jamais eu de tortures pratiquées sur les gays.

LE BOND EN AVANT

1975 : les lois qui limitaient l’emploi des homosexuels dans les domaines de l’art et de l’éducation sont abrogées. Un code de la famille fût adopté qui préconisait une responsabilisation à égalité entre hommes et femmes pour l’éducation des enfants et les tâches ménagers.

1979 : les actes homosexuels sont dépénalisés.

1981 : le bestseller Cubain "Pour défendre l’amour" (traduction du titre anglais), par le Dr Sigfried Schnabl, déclare que l’homosexualité "n’est pas une maladie, mais une variante de la sexualité humaine".

1986 : La Commission Nationale sur l’Education Sexuelle présente un programme sur l’homosexualité et la bisexualité qualifiées de saines et positives.

1987 : Interdiction pour la police de harceler les gens pour leur apparence ou leur manière de s’habiller. Cette interdiction profite largement aux gays.

1988 : la loi contre l’homosexualité "ostensible" est abrogée. Fidel Castro explique qu’il est temps de rejeter les rigidités et de changer les attitudes négatives envers les gays dans le Parti et la société .

1992 : Vilma Espin, dirigeante de la Révolution et présidente de la Fédération des Femmes Cubaines condamne les préjudices à l’égard des gays et lesbiennes. Castro s’exprime en faveur de l’égalité des femmes et rejette les sentiments anti-gays : "je suis absolument contre toute forme de repression, de mépris, de critique ou de discrimination à l’égard des homosexuels. [Il s’agit] d’une tendance humaine naturelle qu’il faut simplement respecter."

1993 : Sortie du film à succès financé par l’Etat, "Fraise et Chocolat", qui critique la discrimination des gays par le Parti Communiste dans les années 70 et 80. Le film remporte un très vif succès à Cuba et reçoit les louanges du monde entier. Le premier groupe de gays pour combattre le SIDA est lancé.

1994 : le documentaire "Gay Cuba", de l’états-unien Sonja de Vries, examine avec franchise la situation des droits des gays sur l’île. Le film est projeté à l’ouverture d’une soirée de la Fédération des Femmes Cubaines (FFC). La FFC invite des gays états-uniens à visiter l’île.

1995 : le documentaire cubain "papillons sur l’échafaud" (traduction du titre anglais, "papillon" = _expression pour dire "gay") raconte comment des travestis se sont intégrés dans un quartier de la Havane. Des gays et travestis Cubains dansent en tête du cortège du 1er Mai à la Havane, et deux délegations états-uniennes de gays participent à la marche.

1997 : les dernières traces de références anti-homos dans la loi cubaine sont supprimées.

1998 : un programme national à la télévision cubaine lance une série de débats sur les lesbiennes et les gays. Pendant les semaines qui suivent, le sujet provoque des discussions à travers le pays.

AUTRE LUTTE, AUTRE COMBAT

Contrairement à beaucoup de leaders gays au Canada qui considèrent que la fin du fin seraient que les mariages gays bénéficient des mêmes avantages et droits que les mariages mixtes, les lesbiennes et gays de Cuba ont d’autres préoccupations. A Cuba, le mariage n’est pas considéré comme un but ultime dans la vie. Le système social Cubain garantie une protection à vie pour tous, particulièrement pour les enfants et les personnes agées.
De même que la santé, l’alimentation, le logement, l’éducation et l’emploi ne constituent pas un enjeu majeur pour les gays à Cuba, comme cela est le cas dans des pays "avancés". Les malades du SIDA à Cuba (qui a le plus faible taux de sidéens de toute l’Amérique), reçoivent l’intégralité de leur salaire et bénéficient de soins gratuits, qu’ils soient en capacité de travailler ou non.

La violence physique contre les gays a disparu depuis 1959. Les médias dévrivent pas les gays et lesbiennes comme des hédonistes, des narcissiques ou des pédérastes. Il n’y a pas de groupes de pressions richement financés et des manifestations homophobes.
Les lesbiennes, les gays et les travestis peuvent se réunir librement, tant qu’il n’y a pas de drogues ou de prostitution en cause.

Les transexuels bénéficient d’opérations chirurgicales prises en charge par l’Etat. Les syndicats, les écoles et les organisations de masse défendent officiellement leur membres homosexuels contre les discriminations. Les harcélements mineurs de la part de la police sont en nette baisse.

La lutte pour les droits des homosexuels à Cuba ne présente pas le mêmes caractéristiques que chez nous parce que de nombreux objectifs légaux et les revendications d’égalité d’ici sont déjà satisfaits là-bas. Ce que les homosexuels Cubains réclament est le respect total et la dignité dans le milieu social, et la reconaissance que leur contribution à la société en tant que gays, lesbiennes et travestis vaut autant que celle de leurs compatriotes hétérosexuels.

AUCUN HOMO N’EST LIBRE SI TOUT LE MONDE N’EST PAS LIBRE

A chaque nouvelle du meurtre d’un gay aux Etats-Unis ou ailleurs, les Cubains sont révulsés d’horreur, et prennent toute la mesure des obstacles qu’ils ont réussi à surmonter et des erreurs qu’ils ont évitées dans le passé, et renforcent leur détermination à intégrer leur propres citoyens gays. Au début des années 60, une section du Parti Communiste Cubain considérait l’homosexualité comme une déviation capitaliste. A présent, les Cubains comprennent que la haine et la discrimination contre les gays, ainsi que contre les femmes ou les gens de couleur, est plutot une maladie du capitalisme. De nombreux universitaires, de dirigeants politiques ou d’organisations de base expriment cette opinion, de même que les femmes dans la rue. Au vue de cette transformation et de cette compréhension, on peut vraiment dire que "la Révolution est une école de reflexion sans entraves".

Le blocus des Etats-Unis est la première cause des souffrances des homosexuels. Le manque de ressources empêche l’amélioration du niveau de vie à laquelle aspirent les gays et tous les Cubains (et qu’ils méritent). La rareté des lieux de rencontre publics et privés pose un problème majeur pour les gays, comme on peut l’imaginer. Les offres d’emploi dans les filières recherchées sont rares. La fin du blocus permettrait une amélioration de l’emploi et des salaires, mettant fin à une certaine tendance des gays et lesbiennes à tourner autour de la prostitution pour améliorer leur revenus, ou à quitter le pays pour les mêmes raisons. Comme leurs collégues hétéros, les homos Cubains veulent avoir les moyens financiers pour voyager, renouveler leur garde-robe, avoir plus de transports publics et privés, et des logements plus spacieux.

D’après nous, dans les 10 ans qui viennent, Cuba deviendra le leader mondial de la dignité et de l’égalité des gays dans monde. Nous croyons que la plus grande solidarité que nous puissions offrir est d’aider à la levée du blocus. Nous avons beaucoup à apprendre de nos frères et soeurs Cubains, y compris sur la supériorité de leur système économique et social.

La Révolution socialiste a garanti des conditions de sécurité et de dignité pour les travailleurs et particulièrement pour les femmes : des conditions dont rêvent et luttent encore les Américains du Nord. Elle a jeté les bases d’un changement social progressiste et une liberté de pensée. Malheureusement, M. Schnabel et toute l’équipe "d’Avant la Nuit" sont plutôt des obstacles sur le chemin de la liberté des homosexuels.

UN SCANDALE TOURMENTE LES LIBÉRAUX AU CANADA

On pourrait soutenir que les fréquents scandales qui éclatent durant le règne des gouvernements bourgeois détournent l’attention loin des vraies questions de classes sous-jacentes. Mais les crimes et les délits dans les hautes sphères peuvent tout aussi bien révéler les problèmes du système politique capitaliste. Ceci ne pourrait pas être plus vrai que dans le cas de l’actuel scandale qui étreint le gouvernement libéral fédéral minoritaire au Canada.
 
Le soi-disant scandale des commandites remonte au référendum de 1995 sur l’indépendance du Québec. Craignant une possible victoire séparatiste (qui a finalement été évitée de justesse), le cabinet Libéral, sous le premier ministre d’alors Jean Chrétien, s’est engagé dans une série de manœuvres pour contourner la rigoureuse loi du Québec sur le financement des campagnes de financement.

Parmi ces manigances, il y avait un plan pour diriger secrètement des fonds publics vers des agences proches du Parti Libéral au Québec, soi-disant pour monter la cote de l’unité canadienne. La plus grande partie de cette histoire avait déjà sorti avant les élections fédérales de juin 2004. Le dégoût des électeurs, spécialement au Québec, était suffisant pour priver le nouveau chef libéral, Paul Martin, de sa victoire largement anticipée.

Le premier ministre Martin a été forcé par la suite de désigner une commission d’enquête publique dirigée par le juge John Gomery. Parmi ceux qui ont été appelés à témoigner, il y avait l’ancien premier ministre libéral Jean Chrétien, qui a symboliquement fait un pied de nez à la commission.

Pendant un certain temps il semblait que Martin réussirait à limiter les dommages. Mais un bénéficiaire important de l’argent des commandites a révélé qu’il était obligé de canaliser une partie des fonds vers les coffres du Parti Libéral.  Ceci a relancé le scandale et selon toute probabilité le gouvernement se dirige vers la défaite, déclenchant une élection précipitée et envoyant possiblement les électeurs aux urnes à la fin juin (2005).

Les Libéraux risquent de perdre leur base électorale au profit de l’opposition conservatrice au Canada anglais et du Bloc Québécois nationaliste qui est nominalement engagé pour la souveraineté du Québec. Le Nouveau Parti Démocratique basé sur les syndicats, peut aussi en bénéficier. Les sondages indiquent la possibilité d’un gouvernement conservateur majoritaire avec seulement 36% des votes. L’appui du NPD aux Libéraux, en échange de l’annulation du congé fiscal pour les entreprises promis lors du budget fédéral du 23 février, peut faire gagner du temps au gouvernement Martin. Mais c’est loin d’être certain.

Le scandale des commandites met en évidence encore une fois les difficultés que la bourgeoisie canadienne éprouve à contenir les aspirations nationales des Québécois et à maintenir au moins un parti avec une forte représentation au Québec en tant que tremplin pour le pouvoir national (pancanadien).

Dans le passé, les Libéraux étaient ceux qui avaient le mieux réussi à utiliser cette stratégie avec les Conservateurs intervenant au pied levé. Cependant,  depuis la crise constitutionnelle du début des années 90, les Conservateurs ont perdu toute leur base au Québec, reflétant l’absorption des Conservateurs par des forces de droite basées dans l’Ouest du Canada, sous la direction de l’idéologue d’extrême-droite et actuel chef du Parti Conservateur, Stephen Harper.

Le scandale des commandites est donc un coup direct à ce système de domination politique parce qu’il a touché directement à l’intégrité du Parti Libéral, le seul prétendant restant au rôle d’unificateur binational. Le sentiment nationaliste au Québec profite de plus en plus au Bloc Québécois nationaliste bourgeois, qui contrairement aux espoirs fédéralistes, n’est pas juste un phénomène éphémère.

Les prochaines élections québécoises, qui auront lieu dans deux ans (2007), pourraient voir le retour au pouvoir du Parti Québécois souverainiste, avec la perspective d’un autre référendum sur l’indépendance du Québec. C’est un scénario cauchemardesque pour la bourgeoisie canadienne, mais la capacité de Paul Martin de jouer cette carte pour éviter la défaite a été en fait paralysée.

Un gouvernement majoritaire conservateur à Ottawa serait basé sur une faible majorité du vote populaire et peut seulement accélérer à la fois les divisions nationales et de classes à l’intérieur de l’État canadien. Ce qui ne veut pas dire que l’élection de ce parti rétrograde serait désirable d’une quelconque façon. Mais il est pratiquement impossible de mettre en place le type de gouvernement stable que la bourgeoisie canadienne a traditionnellement obtenu avec les Libéraux et les Progressistes-Conservateurs d’autrefois.

Quant au Nouveau Parti Démocratique, son appui risque de monter de 15.7% lors des élections de juin 2004 à 20.5%, selon un sondage EKOS au début avril 2005. Ceci pourrait continuer d’augmenter si le vote libéral continue de chuter.

La crise parlementaire actuelle présente au NPD l’opportunité de rompre avec la fidélité du moindre mal des électeurs ouvriers urbains au Parti Libéral, surtout en Ontario. Mais ceci dépendra de la volonté du chef du NPD Jack Layton de faire campagne sur des questions qui différencient clairement le NPD des Libéraux en terme de classe et de présenter une défense résolue et catégorique des droits nationaux du Québec.

-Robbie Mahood est membre de Socialist Action/Ligue pour l’Action Socialiste à Montréal